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1897

L'Invisible Présence

Henri RÉGNIER

Le temps furtif vient, tourne et rôde Invisible autour de nos vies Et l’on entend glisser sa robe Sur le sable et sur les orties.

Il nous signale sa présence Minutieuse et souveraine Par un taret dans la crédence, Par une moire en la fontaine,

Un craquement, une fêlure. Rouille qui mord, bloc qui s’effrite, Doigt qui laisse à la place mûre L’empreinte où le fruit pourrit vite ;

Il ne lui faut pour qu’on l’entende Passer au fond de nos pensées Ni la pendule où se distendent Les aiguilles désenlacées,

Ni l’inflexible voix de bronzeNi l’inflexible voix de bronze Du campanile ou des horloges,Du campanile ou des horloges, Ni l’heure qui sonne dans l’ombre,Ni l’heure qui sonne dans l’ombre, Ni l’angélus qui sonne à l’aube ;Ni l’angélus qui sonne à l’aube ;

Jamais il n’est plus dans nos vies Qu’imperceptible et taciturne, Quand il effeuille en l’eau pâlie Les pétales du clair de lune.

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