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1897

L'Exilé

Henri RÉGNIER

On a banni mon corps et je bannis ma cendre, La marche se descelle où mon pas va descendre Vers les jardins en fleurs que je ne verrai plus. La route blanche entre les blés et les talus

Montre à mon sort errant le poteau et la borne ; Le carrefour s’étoile à l’horizon plus morne ; La rivière me pleure, au vent, de ses roseaux, L’étang bleu me regarde au miroir de ses eaux

Et l’espalier me tend les bras et me regarde Aussi de ses fruits mûrs et que l’automne farde ; L’arbre se penche, hélas ! et me touche la main Pour m’offrir tristement le bâton du chemin ;

Et la besace bâille et la gourde sanglote ; La sandale m’étreint déjà ; le manteau flotte À tous les vents épars de l’aurore et du soir ; La mousse vient au banc où j’aimais à m’asseoir,

Le loquet est rétif et la porte est méchante ; La colombe s’envole et le coq jaune chante, Et, dans le bassin clair de la fontaine en pleurs, J’ai jeté la clef d’or et les dernières fleurs

Et, vers le pays sombre ou s’en va toute chose, J’emporte pour qu’un jour, à jamais, y repose Ma cendre, fleur de l’ombre et fruit du noir été, L’urne d’argile brune où le lierre est sculpté.

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