Skip to content
1897

L'Amour mordu

Henri RÉGNIER

L’Amour silencieux est plus haut que les roses Qui, grimpantes, autour du socle, sont écloses, Ivres de clair soleil ou tendres ou farouches, Mystérieusement belles comme des bouches

Qui s’empourprent et qui embaument et qui saignent ! Mais, tout en écoutant chanter l’onde aux fontaines, L’Amour, debout au blanc marbre de sa statue Svelte parmi les fleurs où elle est toute nue,

Pose son doigt d’enfant sur ses lèvres de femme. La colombe gémit ; le paon roue ; un cerf brame ; L’automne effeuille en or le bosquet qui fut vert : Le vent pleure ; le jet d’eau gèle ; c’est l’hiver.

La rose s’est fanée et le marbre divin Déguirlandé des fleurs qui le liaient en vain, Anxieux au vent froid où sa beauté se gerce, Sous la pluie indolente ou la cruelle averse,

Sent le lierre velu qui monte au piédestal. Sinueux et dardant ses langues de métal, Serpent multiplié dont les nœuds l’étreindront, Enlacer sa cheville et le mordre au talon.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
L'Amour mordu · Henri RÉGNIER · Poetry Cove