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1897

Heure d'Automne

Henri RÉGNIER

Mon jardin est là-bas derrière la colline Et ma fontaine est douce où des roseaux s’inclinent Sur l’eau bleue au matin et jaune vers le soir, La bêche en le heurtant fait tinter l’arrosoir

Car la tâche finie on les rentre, et la bêche Luit sur l’épaule comme une arme bonne et fraîche, Et l’eau s’égoutte encor du crible de la pomme. Mon songe tour à tour est la fleur qu’il se nomme

Tout bas, pour sa douceur ou pour son amertume ; L’ombre vient ; l’herbe se fonce ; la terre est brune ; Le sable de l’allée est blanc le long du buis ; Le cep rompt sous la grappe, et l’arbre sous le fruit

Oscille, feuille à feuille, à son poids qui l’incline, Car l’automne est déjà derrière la colline ; Il vient, et avec lui bientôt il va falloir La corbeille et la serpe au lieu de l’arrosoir,

Et vendanger la treille et cueillir l’espalier. Et voir dans l’eau toutes les tiges s’effeuiller Au vent mystérieux où chaque année emporte L’hirondelle qui fuit avec les feuilles mortes.

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