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1902

HÉLÈNE AU CHEVAL

Henri RÉGNIER

Le cheval gigantesque est debout ; un grand rire L'entoure. Entends grincer le câble qui le tire, Et la foule le traîne et le pousse au jarret. Un dard qui vibre encor tremble à son flanc secret,

Et quel mystère noir lui gonfle ainsi la panse ? Obèse et monstrueux, il oscille et s'avance. Et chacun rit tout haut de la bête de bois. Le seul Laocoon a maudit par trois fois

Le don douteux du Grec que le Troyen rapporte Et l'a frappé d'un trait quand il passa la porte A peine haute assez pour son échine, au bruit Des boucliers d'airain que heurtaient devant lui

Les guerriers, lance au poing et le glaive à la hanche. En le voyant, Priam rit dans sa barbe blanche Et svelte, et souriante, et belle, s'avançant Droit au monstre stupide, immobile et pesant,

Qui, muet, la regarde à lui venir, Hélène Vers les rouges naseaux lève ses deux mains pleines L'une de blé de cuivre et l'autre d'orge d'or. Mais la vaste rumeur qui dilate et qui tord

Du remous de sa danse et du cri de sa joie, Les femmes, les enfants et les hommes de Troie L'empêche en s'approchant d'entendre au ventre obscur Sourdre le stratagème et le fléau futur,

Et, d'un brusque sursaut de la Bête applaudie, Le meurtre s'ébrouer et hennir l'incendie.

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