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1897

Fontaines divines

Henri RÉGNIER

Conserve, en souvenir des divines fontaines, Ce vase de cristal pareil à leurs eaux vaines Où ta bouche jadis a bu gourmande ou chaste : Aréthuse mêlant son onde à la mer vaste,

Léthé qui fait dormir et qui donne l’oubli, Celle qui souriait à Narcisse pâli, Hippocrène jaillie au fabuleux sabot, Et les autres, parmi les blés ou les roseaux,

Qui, mélodieuses et pures et glacées, Chantent à travers l’ombre au fond de tes pensées ! La source se tarit et le roseau s’incline ; Conserve, en souvenir des fontaines divines,

Ce vase de cristal d’où toute l’onde a fui, Et tu verras encor s’épanouir en lui. Fleur à fleur, le bouquet, mystérieusement, Que viendront, chaque jour, une à une, à pas lents,

En silence, y placer les invisibles Heures, Filles du temps qui passe et de l’oubli qui pleure, Et dont chacune, tour à tour, en tes pensées, Frôlant le pavé nu de ses ailes lassées

Et portant à la main une fleur bleue ou noire, Viendra parfumer l’ombre et fleurir ta mémoire.

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