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1897

Déjanire

Henri RÉGNIER

J’ai bu le vin sanglant aux outres de l’automne Et j’ai cru le ciel clair encore et l’heure bonne, Toute de solitude et toute de forêt, Et ma joie en dansant s’esquive et disparaît,

Entraînant par la main mon Avril, et mon Ombre Les a suivis vers les arbres du passé sombre D’où je les entends rire ainsi que j’avais ri, Jadis, quand près de toi mon amour a fleuri

Aux roses que cueillait le geste de ta grâce Souriante et maligne à feindre d’être lasse Pour que le bois durât à nos pas jusqu’au soir. Printemps perdus ! l’automne a mêlé ses boucs noirs

Aux plus blanches brebis de nos douces pensées ; Les Satyres ont ri de nos mains enlacées. Et les feuilles tombaient quand mûrirent les fruits, Et le vent emporta nos paroles, et puis

Nous allâmes, sans plus nous parler, côte à côte, Devenus tout à coup étrangers l’un à l’autre, Et quand le bois finit enfin, ce fut la Mer ! Et j’écoutais, du fond de l’horizon désert,

Debout et les pieds nus lavés d’écumes vaines, Le chant intérieur des antiques Sirènes ; Tandis que toi, silencieuse, ô Déjanire, Regardais, par-dessus l’épaule, sans rien dire,

Galopant sur la grève et s’ébrouant aux flots Qui mouillaient leurs poitrails et fouaillaient leurs galops, Sur le sable marin et les galets sonores, Ruer la Centauresse et hennir les Centaures.

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