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1897

Cautus Incautæ

Henri RÉGNIER

Prends garde, douce amie, à la Thessalienne Qui s’accoude le soir, auprès de la fontaine À jouer de la flûte en se penchant sur l’eau, Car avant de t’aimer, douce qui d’un fuseau

Nonchalant fila d’or les heures de ma joie, Mes automnes, là-bas, ont suivi d’autres voies Et j’ai marché, le soir, par d’antiques forêts Sans savoir, passante, que tu apparaîtrais,

Radieuse à ma vie et douce à mon amour ; Moi qui croyais les roses mortes pour toujours. J’écoutais une voix qui n’était pas la tienne. Prends garde, mon amie, à la magicienne,

Elle connaît des rites vils et je l’ai vue. Avec son aigre flûte aux dents, qui dansait nue, Et je la trouve encore au bois où elle rôde, Et dans la bergerie et dans l’étable chaude

Elle trait un lait rance et couronne d’orties Le bouc noir qui la flaire après qu’elle est sortie, Comme mon vieil amour jadis, lascivement, La humait dans l’odeur de la terre et du vent !

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