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1860

Végétation souterraine

Armand RENAUD

DANS un précipice Très longtemps je glisse, Cherchant Si je suis fantôme,

Ou jouet d'un gnome Méchant. L'abîme m'emporte. Je trouve une porte

Au bout. Elle s'ouvre. J'entre Dans le rocher, centre De tout.

Là, je vois des lignes D'animaux indignes Du ciel, Oiseaux et reptiles

Aux gueules fertiles En fiel ; Multitude immonde Qui couvrit le monde

Jadis, Monstres au déluge Par le divin juge Maudits.

Plus loin se déroule Une vaste houle De feu ; Dans le milieu bouge

Une hydre au corps rouge Et bleu. Ses langues vivaces Par mille crevasses

S'en vont, En haut, sur la terre, Lécher le cratère Qui fond.

A l'entour se range Un bois d'un étrange Effet ; Tout ce qu'il renferme,

De métal qui germe Est fait. C'est de là, pour vivre, Que plomb, fer ou cuivre,

Tout sort, Puis au loin rayonne, Selon que l'ordonne Le Sort.

L'immense ramure, Rendant d'une armure Le bruit, Près de la fournaise,

En teintes de braise, Reluit. Ce ne sont que voûtes, Que piliers de toutes

Couleurs, Des colliers, des fresques Et des arabesques De fleurs.

L'argent en rosées Se mêle aux fusées D'or fin ; Cela s'entortille

Et cela pétille Sans fin. Mais l'éclat féerique Et le chimérique

Concert, Tout dans l'épouvante, Pour l'âme vivante, Se perd.

Car parfois une ombre, Sur les.feux sans nombre Passant, Sur moi, de la voûte,

Verse, goutte à goutte, Du sang.

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