DANS un précipice
Très longtemps je glisse,
Cherchant
Si je suis fantôme,
Ou jouet d'un gnome
Méchant.
L'abîme m'emporte.
Je trouve une porte
Au bout.
Elle s'ouvre. J'entre
Dans le rocher, centre
De tout.
Là, je vois des lignes
D'animaux indignes
Du ciel,
Oiseaux et reptiles
Aux gueules fertiles
En fiel ;
Multitude immonde
Qui couvrit le monde
Jadis,
Monstres au déluge
Par le divin juge
Maudits.
Plus loin se déroule
Une vaste houle
De feu ;
Dans le milieu bouge
Une hydre au corps rouge
Et bleu.
Ses langues vivaces
Par mille crevasses
S'en vont,
En haut, sur la terre,
Lécher le cratère
Qui fond.
A l'entour se range
Un bois d'un étrange
Effet ;
Tout ce qu'il renferme,
De métal qui germe
Est fait.
C'est de là, pour vivre,
Que plomb, fer ou cuivre,
Tout sort,
Puis au loin rayonne,
Selon que l'ordonne
Le Sort.
L'immense ramure,
Rendant d'une armure
Le bruit,
Près de la fournaise,
En teintes de braise,
Reluit.
Ce ne sont que voûtes,
Que piliers de toutes
Couleurs,
Des colliers, des fresques
Et des arabesques
De fleurs.
L'argent en rosées
Se mêle aux fusées
D'or fin ;
Cela s'entortille
Et cela pétille
Sans fin.
Mais l'éclat féerique
Et le chimérique
Concert,
Tout dans l'épouvante,
Pour l'âme vivante,
Se perd.
Car parfois une ombre,
Sur les.feux sans nombre
Passant,
Sur moi, de la voûte,
Verse, goutte à goutte,
Du sang.