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1881

Ténèbres intérieures

Armand RENAUD

OH ! dans un cœur muet concentrer un désir ! On a chassé de soi les choses du plaisir, Et l’on vit, se masquant de froideur ironique, Mais serrant après soi l’invisible tunique

Dont on frissonne, ainsi qu’au toucher des fers chauds. Ivresse de cacher ses espoirs les plus hauts ! La curiosité venimeuse qui guette, Ne sait où vous frapper, va plus loin, et se jette

Sur la banalité des cœurs bruyants. Soudain La vision d’amour, si longtemps songe vain, A qui jamais votre âme, en sa souffrance fière, Ne voulut adresser ni plainte, ni prière,

Voilà que dans votre ombre elle entre, et, plusieurs fois, Cherche à vous attirer doucement de la voix. Vous devriez courir vers elle ! non ! votre âme, Étouffant son aveu, cachant plus fort sa flamme,

Se refuse au bonheur, trouve une volupté A créer, de soi-même, et pour l’éternité, Son désespoir. Le rêve à la clarté remonte. Et dès qu’il n’est plus là, que seul, n’ayant plus honte,

Sans témoin vous pouvez aimer, vous vous serrez La poitrine à deux mains, et vous la déchirez. Et sachant que le mal doit être irréparable, D’autant plus consumé d’un feu plus misérable,

Vous restez, à jamais bercé par le seul bruit Du sang de votre cœur qui tombe dans la nuit.

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