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1860

Sur le Nil

Armand RENAUD

ÉTOUFFEZ-MOI SOUS des tas de murailles Se criblant d'yeux pour m'observer ; De mon amour chantez les funérailles. Mon rêve est là pour vous braver.

‒ Les eaux du Nil, toutes pâles, s'écoulent Sous les étoiles de la nuit. Des sphinx, au bord, sur deux rangs se déroulent ; Au milieu notre barque fuit.

Le bien-aimé, s'accoudant sur la proue, Laisse errer sur moi son œil doux. Moi, renversant la tête, je secoue Mes cheveux d'or sur ses genoux.

Et les grands sphinx, dans la plaine infinie, Nous regardant passer près d'eux, Confusément versent une harmonie Qui tombe en amour sur nous deux.

Les eaux du Nil coulent, les roseaux tremblent ; Dans notre barque nous glissons. Les chants des sphinx perdus dans l'ombre semblent Des harpes prolongeant leurs sons.

Et nous mêlons notre amour à l'eau pâle, Au firmament illimité… — Rêve impuissant ! enfer d'un cœur qui râle, Seul, par les molles nuits d'été !

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