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1895

Soir de Fête

Armand RENAUD

C'ÉTAIT la grande ballerine Du théâtre de San Carlo. Les diamants sur sa poitrine Ruisselaient sans fin, comme l'eau.

Elle avait la beauté parfaite, Flamme des yeux, marbre des chairs ; Tout son corps était une fête De floraison sous les cieux clairs.

Sur le golfe limpide, en barque pavoisée, Elle voguait avec sa cour De seigneurs élégants qui, la tête grisée, Buvaient l'ivresse au jour le jour.

Et son rire éclatait sur la fraîcheur de l'onde, Insoucieux et spontané, Sans songer qu'il pût être une douleur au monde, Dans cet horizon fortuné !

Le Vésuve fumait à peine. Derrière Ischia, le soleil. Dans son immensité sereine, Plongeait à l'horizon vermeil.

Et tout n'était que joie et charme. Douceur de vivre sans penser, Plaisir où l'ombre d'une larme N'avait jamais pu se glisser.

Et l'un des mariniers qui manœuvraient la voile Au triangle couleur de feu, Pâle éphèbe au profil antique, aux yeux d'étoile, Rêvait, penché sur le flot bleu

Pour y voir reflétés les traits de la sirène Dont il s'était laissé charmer. Et qui resplendissait dans la paix souveraine, Ignorant qu'on souffrît d'aimer.

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