C'ÉTAIT la grande ballerine
Du théâtre de San Carlo.
Les diamants sur sa poitrine
Ruisselaient sans fin, comme l'eau.
Elle avait la beauté parfaite,
Flamme des yeux, marbre des chairs ;
Tout son corps était une fête
De floraison sous les cieux clairs.
Sur le golfe limpide, en barque pavoisée,
Elle voguait avec sa cour
De seigneurs élégants qui, la tête grisée,
Buvaient l'ivresse au jour le jour.
Et son rire éclatait sur la fraîcheur de l'onde,
Insoucieux et spontané,
Sans songer qu'il pût être une douleur au monde,
Dans cet horizon fortuné !
Le Vésuve fumait à peine.
Derrière Ischia, le soleil.
Dans son immensité sereine,
Plongeait à l'horizon vermeil.
Et tout n'était que joie et charme.
Douceur de vivre sans penser,
Plaisir où l'ombre d'une larme
N'avait jamais pu se glisser.
Et l'un des mariniers qui manœuvraient la voile
Au triangle couleur de feu,
Pâle éphèbe au profil antique, aux yeux d'étoile,
Rêvait, penché sur le flot bleu
Pour y voir reflétés les traits de la sirène
Dont il s'était laissé charmer.
Et qui resplendissait dans la paix souveraine,
Ignorant qu'on souffrît d'aimer.