LUCQUES, la ville industrieuse, Le soir, son labeur accompli, Devenait grouillante et rieuse Sous un azur déjà pâli,
Quand Simon, le marchand de soie. Depuis plus de vingt ans parti, Rentra chez lui, le cœur en joie, Pour boire en paix du chianti.
Il avait parcouru l'Europe, Des ports de la Hanse à Cadix, D'Érin que la brume enveloppe A Venise où siègent les Dix.
Même aux côtes de Barbarie Il avait trafiqué sans fin, Et surpassé comme rouerie Juifs et Grecs, tant il était fin.
Il avait eu nombre de femmes De tous les types blonds ou bruns, Prenant plaisir aux amalgames De leurs chairs et de leurs parfums.
Dans les bazars d'Alexandrie Il en avait même acheté Et revendu, l'âme attendrie, Plus cher qu'elles n'avaient coûté.
Mais il est temps qu'il se repose Et qu'il s'arrange une maison Où, dans une cave bien close, Vieillissent des vins à foison ;
Qu'il se donne de l'importance, Qu'il mette en relief ses écus. Que sa méritoire existence Ait les honneurs qui lui sont dus.
Au municipe ayant un siège, Pris pour conseil par les Prélats, Il sera suivi d'un cortège. Il présidera des galas.
Enfin, lorsque Sa Seigneurie Mourra, le deuil sera profond Parmi la sainte Confrérie Qui le suivra, cagoule au front,
Pour le porter dans la chapelle Où son tombeau le recevra, Avec du latin qui rappelle Comme entre tous il s'illustra.
Et, faite en marbre de Carrare, Son image, joignant les doigts. Attestera sa vertu rare. Dans les temps futurs, aux Lucquois.
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