Vous croyez que j'ai dans l'âme
Bien peu de force, il parait,
Vous qui repoussez ma flamme,
Prétextant qu'on me tûrait.
Mourir ne fait pas mon trouble ;
Mais ce dont je suis troublé,
C'est, quand mon amour redouble,
Votre cœur toujours voilé.
Si votre éclat me dédaigne,
Dites le-moi sans détour,
De mon cœur, si fort qu'il saigne,
J'arracherai mon amour.
Mais si vous m'aimez, de grâce,
Madame, abandonnez-vous ;
Craignez moins que je trépasse,
Rendez mes instants plus doux.
Qu'on tende ou non quelque trappe,
Tout m'est égal, tout est bien.
Dans vos bras si l'on me frappe,
Je ne me plaindrai de rien.
Cela même, je l'avoue,
Est plein de charme pour moi,
Qu'un baiser sur votre joue
Porte un péril avec soi.
Ainsi le marin préfère
Les océans orageux
A l'eau calme où l'on peut faire,
Sans rien risquer, tous les jeux.
Ainsi l'on est pris d'ivresse,
Sur un gouffre se penchant ;
Ainsi d'un glaive on caresse,
Avec plaisir, le tranchant.