J 'AI mis à mon cheval sa bride,
Sa bride et sa selle d'or :
Tous les deux, par le monde aride,
Nous allons prendre l'essor.
J'ai le cœur froid, l'œil sans vertige.
Je n'aime et je ne crains rien.
Au fourreau mon sabre s'afflige.
Qu'il sorte et qu'il frappe bien !
Le turban autour de la tête,
Sur mon dos le manteau blanc,
Je veux m'en aller à la fête
Où la mort danse en hurlant ;
Où, la nuit, on brûle les villes,
Tandis que l'habitant dort ;
Où, pour les multitudes viles,
On est grand quand on est fort.
Je veux qu'à mon nom les monarques
Tiennent leur tête à deux mains,
Que mon sabre enlève les marques
Du joug au front des humains.
Je veux que l'essaim de mes tentes,
De mes chevaux aux longs crins,
Que mes bannières éclatantes,
Mes piques, mes tambourins
Soient sans nombre comme la horde
Des mouches, quand il fait chaud,
Qu'à mes pieds l'univers se torde,
Comprenant le peu qu'il vaut !