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1895

Réveil des Marbres

Armand RENAUD

LE soleil, franchissant l'Apennin dévasté, Sur la plaine toscane ardemment s'est jeté. Sous son baiser de flamme, il rend toute vermeille Chaque pâle cité qu'à son tour il éveille.

Puis, par delà Fiesole aux rocailleux contours. Il s'en vient caresser les dômes et les tours De Florence endormie aux rives de son fleuve. Et les hauts monuments d'une masse à l'épreuve.

Le Bargello, si noir d'aspect, le Palais Vieux, La Loggia s'ouvrant pour le charme des yeux, Le svelte campanile en marbre polychrome, Le baptistère avec ses deux portes, le dôme,

La Novella, ce pur objet d'art, San Marco Tout vibrant des soupirs divins d'Angelico, Santa Croce donnant aux morts l'apothéose, Et, là-bas, la chapelle où, sublime et morose,

Michel-Ange sculpta les géants qu'il poursuit A travers un chaos d'amertume et de nuit ; Tous ces fins monuments dont la ville se pare Avec un goût discret, comme d'un collier rare,

Reprennent, à l'aurore, avec intensité Leur resplendissement d'éternelle beauté.

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