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1864

PRIÈRE PROFANE

Armand RENAUD

Vos yeux, Madame, sont un pôle Où les miens se tournent toujours ; C'est un velours que votre épaule Et c'est un chant que vos discours.

il sort un éclair magnétique De l'océan de vos cheveux, Et la passion despotique Prend pour armes vos bras nerveux.

Mais vous avez l'indifférence Plus encore que la beauté ; Vous jouez avec la souffrance Du cœur à vos pieds apporté.

Que de vous une âme soit pleine Vous vous mettez à la railler. Vous m'embrasez de votre haleine, Et vous me dites d'oublier !

Comme si, voyant fuir le rêve Qu'il n'avait cessé d'appeler, Le cœur, resté seul sur la grève, Pouvait encor se consoler ;

Que, loin de la fleur qui l'enivre, L'abeille composât du miel, Et que sur terre l'on pût vivre Quand on vient d'entrevoir le ciel.

Croyez-moi, reine de mes stances, Ce n'est pas tout de fasciner. Laissez en bas les résistances, Soyez grande. Sachez donner.

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