Vos yeux, Madame, sont un pôle
Où les miens se tournent toujours ;
C'est un velours que votre épaule
Et c'est un chant que vos discours.
il sort un éclair magnétique
De l'océan de vos cheveux,
Et la passion despotique
Prend pour armes vos bras nerveux.
Mais vous avez l'indifférence
Plus encore que la beauté ;
Vous jouez avec la souffrance
Du cœur à vos pieds apporté.
Que de vous une âme soit pleine
Vous vous mettez à la railler.
Vous m'embrasez de votre haleine,
Et vous me dites d'oublier !
Comme si, voyant fuir le rêve
Qu'il n'avait cessé d'appeler,
Le cœur, resté seul sur la grève,
Pouvait encor se consoler ;
Que, loin de la fleur qui l'enivre,
L'abeille composât du miel,
Et que sur terre l'on pût vivre
Quand on vient d'entrevoir le ciel.
Croyez-moi, reine de mes stances,
Ce n'est pas tout de fasciner.
Laissez en bas les résistances,
Soyez grande. Sachez donner.