CELA s'est fait sans bruit, au coucher du soleil. Jamais on n'avait vu coup de filet pareil. Les cœurs fiers qui pleuraient les libertés bannies, Ceux qui, ne pliant point devant les tyrannies.
Portaient encore en eux l'amour des anciens droits, Tous, dupés par un tas de mensonges adroits, Sont au noir Bargello venus sans prendre garde. Mais le duc, souriant de sa bouche blafarde :
« Soyons francs, leur dit-il, nous nous haïssons tant Que la paix entre nous serait jeu d'un instant. Souffrez donc, puisque j'ai la force, que j'en use. » Et les reîtres entrant, armés de l'arquebuse,
Les ont pris pêle-mêle et poussés dans la cour. Déjà les échafauds étaient dressés autour, Et déjà les bourreaux tenaient les haches prêtes Pour faire la moisson écarlate des têtes.
Tout étant accompli, quand, sur le sol dallé, Assez de sang des corps inertes eut coulé Pour s'étendre le long des murs en nappe rouge, Dans le calme où plus un des cadavres ne bouge,
Dans le silence où s'est perdu le dernier cri. Dans l'ombre où le soleil à son tour a péri, Voilà que, sur la haute et superbe terrasse D'où le charnier béant d'un seul coup d'œil s'embrasse.
Le duc, resté d'abord rigide et sans merci, Sourit extasié. Car, devant lui, voici Qu'avec sa chevelure à flots d'or répandue, Son sourire emperlé, sa prunelle perdue.
Ses reins cambrés, sa bouche en fleur, sa chair de lys. Comme une vision de l'antique Cypris, Sous les feux d'une torche aux poings d'un noir tenue, La Silvia s'est mise à danser toute nue.
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