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Armand RENAUD

J'AI soif de sentir, de connaître, D'avoir ce que mon cœur rêva ; S'il est un monde à part, d'en être, J'ai soif d'aller où nul ne va.

La science a bien une lampe ; L'aile lui manque pour le vol. C'est la luciole qui rampe. A quoi bon briller sur le sol ?

La prière a bien l'aile forte ; Elle s'envole dans le noir. L'infini la baigne. Qu'importe D'atteindre aux choses, sans les voir ?

Je veux planer dans la lumière, M'ouvrir un ciel illuminé, Trouver, en dehors de l'ornière, De quoi pouvoir être étonné.

Comment ! là-haut je verrais poindre Toutes les constellations, Sans en avoir conquis la moindre Par tant de contemplations !

J'aurais sans fin, vers une idée, Levé les yeux, tendu les bras, Sans qu'elle soit escaladée Par mon cœur étouffant au bas !

Dans cette lutte redoutable, Je serai vaincu, non soumis. Je n'accepterai point l'étable Où les hommes sont endormis.

La magie enseigne un breuvage Pour mener à l'inexploré : Ciel, enfer, sur quelque rivage Qu'il me jette, je le boirai.

Mon Dieu ! pardonne-moi mon crime D'oser violer tes décrets. Le poids de l'infini m'opprime. De toi je veux être plus près !

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