J'AI soif de sentir, de connaître,
D'avoir ce que mon cœur rêva ;
S'il est un monde à part, d'en être,
J'ai soif d'aller où nul ne va.
La science a bien une lampe ;
L'aile lui manque pour le vol.
C'est la luciole qui rampe.
A quoi bon briller sur le sol ?
La prière a bien l'aile forte ;
Elle s'envole dans le noir.
L'infini la baigne. Qu'importe
D'atteindre aux choses, sans les voir ?
Je veux planer dans la lumière,
M'ouvrir un ciel illuminé,
Trouver, en dehors de l'ornière,
De quoi pouvoir être étonné.
Comment ! là-haut je verrais poindre
Toutes les constellations,
Sans en avoir conquis la moindre
Par tant de contemplations !
J'aurais sans fin, vers une idée,
Levé les yeux, tendu les bras,
Sans qu'elle soit escaladée
Par mon cœur étouffant au bas !
Dans cette lutte redoutable,
Je serai vaincu, non soumis.
Je n'accepterai point l'étable
Où les hommes sont endormis.
La magie enseigne un breuvage
Pour mener à l'inexploré :
Ciel, enfer, sur quelque rivage
Qu'il me jette, je le boirai.
Mon Dieu ! pardonne-moi mon crime
D'oser violer tes décrets.
Le poids de l'infini m'opprime.
De toi je veux être plus près !