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1860

Pensée funèbre

Armand RENAUD

HÉLAS ! hélas ! jeune Rose Que de perles l'aube arrose ! Hélas ! hélas ! Rossignol, Le céleste virtuose

Soupirant, quand tout repose, Les yeux, le cœur vers le sol ! Jadis la fleur était belle ; L'oiseau, la trouvant rebelle,

En gémissait nuit et jour Et, triste autant que fidèle, Consumait son cœur près d'elle, Sans un espoir de retour.

Maintenant l'automne est dure ; De la dernière verdure Elle emplit son tombereau ; Et l'inflexible nature

Dans la même sépulture Va joindre esclave et bourreau. Si tout s'en va dans la terre, Triste chanteur solitaire,

Que servait de tant souffrir ? Fleur fermée à la prière, Tu vécus railleuse et fière ; A quoi bon ? tu vas mourir.

Oh ! que vivre est chose folle ! On dédaigne ou l'on raffole, On verse ou l'on boit du fiel ; Puis, comme un rire frivole,

En un moment tout s'envole Dans les profondeurs du ciel.

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