PARMI les points brillants où le soleil pénètre,
On voit, dans un palais, une haute fenêtre
Près de laquelle, assis sur un siège sculpté.
Le duc Raymond travaille au bien de la cité.
Il prépare un édit pour que sa bonne ville
Paie un impôt nouveau sur les blés et sur l'huile.
La charge sera lourde aux pauvres affamés
Que la peste et la guerre ont déjà décimés ;
Mais palais, œuvres d'art, courtisanes et fêtes
Coûtent cher. Et dût-il sur les mauvaises têtes
Pousser, la pique aux doigts, ses lansquenets du Rhin,
Il ne souffrira pas de résistance au frein
Qu'à la plèbe il a su mettre de sa main forte.
Et son dédain est tel de la liberté morte
Que d'avance, à travers l'émeute qu'il pressent,
Il compte les florins qui sortiront du sang.
Il a grand air avec son teint aux pâleurs mates.
Ses yeux voilés ainsi que ceux des diplomates
Et la sobre splendeur de son costume. Tout
Dans son cabinet sombre excelle par le goût ;
Et, seul, le fil tranchant de ses lèvres pincées
Laisse deviner l'homme aux troublantes pensées.
Qui, devant un tableau tombant en pâmoison,
Sait comment avec grâce on verse du poison.