Skip to content
1895

Méditation de Prince

Armand RENAUD

PARMI les points brillants où le soleil pénètre, On voit, dans un palais, une haute fenêtre Près de laquelle, assis sur un siège sculpté. Le duc Raymond travaille au bien de la cité.

Il prépare un édit pour que sa bonne ville Paie un impôt nouveau sur les blés et sur l'huile. La charge sera lourde aux pauvres affamés Que la peste et la guerre ont déjà décimés ;

Mais palais, œuvres d'art, courtisanes et fêtes Coûtent cher. Et dût-il sur les mauvaises têtes Pousser, la pique aux doigts, ses lansquenets du Rhin, Il ne souffrira pas de résistance au frein

Qu'à la plèbe il a su mettre de sa main forte. Et son dédain est tel de la liberté morte Que d'avance, à travers l'émeute qu'il pressent, Il compte les florins qui sortiront du sang.

Il a grand air avec son teint aux pâleurs mates. Ses yeux voilés ainsi que ceux des diplomates Et la sobre splendeur de son costume. Tout Dans son cabinet sombre excelle par le goût ;

Et, seul, le fil tranchant de ses lèvres pincées Laisse deviner l'homme aux troublantes pensées. Qui, devant un tableau tombant en pâmoison, Sait comment avec grâce on verse du poison.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Méditation de Prince · Armand RENAUD · Poetry Cove