SOUS un ciel constellé, la terre était obscure. Souffrance, ambition, convoitise, luxure, Tout dormait, ou du moins tout semblait endormi. Quand, au-dessus de San Minato, sur le faîte
D'une tour, découvrant aux étoiles en fête Un front par les veilles blêmi. Immobile, tenant sa prunelle fixée Au fragile instrument par lequel sa pensée
Pénétrait l'univers sans que personne y crût, Celui qui pourchassait les astres dans leurs rondes. Le mesureur d'espace et le chercheur de mondes, Le grand Galilée apparut.
Oh ! Florence peut vivre avilie et courbée, Avoir le ruffian avec le sigisbée, Suer l'impureté, distiller le poison, Flatter le crime heureux, à plat ventre se mettre
Devant quiconque est fort et sait s'en rendre maître Par le meurtre et la trahison. Il lui viendra, quand même, une suprême gloire De l'homme qui, les yeux plongés dans la nuit noire.
Plus perdu qu'un marin fouillant les océans, Jette d'un bras hardi, lui, pauvre être éphémère. Sur la montre céleste aux formes de chimère Le filet des calculs géants.
Et les siècles pourront s'écouler l'un sur l'autre. Quand rien ne sera plus de tout ce qui se vautre, Quand tout ce qui triomphe et luit, les chairs, les ors, Les fers rougis de sang, les coupes aux vins roses,
Aura pris le chemin de l'abîme des choses. Quelque part, dans l'ombre, dehors ; Cet homme restera sur la hauteur sereine Ceint du laurier, baigné de clarté souveraine,
L'infini sur le front, les astres dans les yeux, Étendant sur la ville, abri de son idée, Qui jadis fut si grande et qui dort dégradée, L'égide éternelle des cieux.
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