La fraise ne craint pas la pêche ; La pêche ne nuit pas au vin ; Jamais non plus le vin n'empêche Qu'un cigare ne soit divin.
C'est pourquoi nul amour n'arrive A combler mon cœur affligé ; En voyant ce dont je me prive, Je trouve moins bon ce que j'ai.
Et toutes les fois qu'en ce monde, Pour aussitôt fuir, m'apparaît Quelque vision brune ou blonde Dont le charme m'asservirait,
Sous la tristesse mon cœur ploie De penser qu'une volupté Dans l'insaisissable se noie, Sans que ma lèvre en ait goûté.
L'une savait si bien sourire ! Si fins de l'autre étaient les doigts ! L'autre avait des blancheurs de cire, L'autre un poème dans la voix.
D'une je ne vis, par derrière, Que des cheveux sous un chapeau ; Mais la grâce était singulière De ces boucles frôlant la peau.
Avant, tout, des yeux j'ai mémoire, Des yeux qui sont pour la beauté Ce qu'est le soleil, dans sa gloire, Pour la céleste immensité ;
Langoureux comme une prière, Les uns regardaient tristement ; D'autres avaient dans leur lumière Les rayons d'un esprit charmant ;
D'autres, dont toujours je me pâme, Étaient longs, fauves et cernés, Et vous lançaient une acre flamme, Telle qu'on en rêve aux damnés.
Dites-moi, beautés inconnues, Ne vous dois-je plus jamais voir ? Un moment, n'ôtes-vous venues Que pour faire mon désespoir ?
Mieux valait, pour mes jours moroses, S'éteindre sans vous rencontrer. Mieux valait ne pas voir les roses Que je ne pouvais respirer.
Cookies on Poetry Cove