LE Calife, aux accents des musiques de fête,
Un soir, dans le harem, parlait à son poète.
Les roses de Bagdad, rouges comme du sang,
Ornaient un bassin d'or de leur éclat puissant.
Et le maître, admirant leurs corolles écloses : «
Flambeau de l'univers, poète, sur ces roses
Compose-moi, dit-il, un distique savant. »
Et le poète alors répondit en rêvant : «
Elles ont la couleur que sur un front de femme,
Quand paraît sou amant, met la pudeur de l'âme. »
Or une favorite au regard enflammé,
Se rapprochant d'Haroun, cria : « Mon bien-aimé,
Ce distique trop froid décolore les choses ;
J'ai de quoi peindre mieux le feu pourpre des roses,
Car, moi, de mes désirs j'y vois le rouge essaim
Lorsque tu fais tomber le voile de mon sein ! »