BULBUL chantait, chantait sans trêve
Dans la forêt.
Mieux vaut le mal que fait un glaive,
Tant il souffrait ;
Tant de son gosier qu'il déchire
Il arrachait
Des accents comme n'en soupire
Aucun archet.
Et l'eau qui court, le vent qui passe,
L'arbre aux longs bras,
Tout lui disait : « Finis, par grâce !
Ou tu mourras.
« Vois ! déjà ta poitrine éclate,
Le sang reluit ;
Et par la blessure écarlate
Ton cœur s'enfuit. »
Pourtant Bulbul, sans rien entendre
A leurs discours,
Sur un ton langoureux et tendre,
Chantait toujours.
Et plus la Rose rigoureuse
Le dédaignait,
Plus la voix était amoureuse,
Plus il saignait ;
Car à mesure que les gouttes
Tombaient du cœur,
Sur l'aimée elles allaient toutes
Briller en chœur,
Et chaque fois, prêtant une arme
A sa beauté,
Retenaient Bulbul sous un charme
Ensanglanté.