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1860

Les Gouttes de Sang

Armand RENAUD

BULBUL chantait, chantait sans trêve Dans la forêt. Mieux vaut le mal que fait un glaive, Tant il souffrait ;

Tant de son gosier qu'il déchire Il arrachait Des accents comme n'en soupire Aucun archet.

Et l'eau qui court, le vent qui passe, L'arbre aux longs bras, Tout lui disait : « Finis, par grâce ! Ou tu mourras.

« Vois ! déjà ta poitrine éclate, Le sang reluit ; Et par la blessure écarlate Ton cœur s'enfuit. »

Pourtant Bulbul, sans rien entendre A leurs discours, Sur un ton langoureux et tendre, Chantait toujours.

Et plus la Rose rigoureuse Le dédaignait, Plus la voix était amoureuse, Plus il saignait ;

Car à mesure que les gouttes Tombaient du cœur, Sur l'aimée elles allaient toutes Briller en chœur,

Et chaque fois, prêtant une arme A sa beauté, Retenaient Bulbul sous un charme Ensanglanté.

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