Le pape avec ses dignitaires,
Se faisant hisser au plateau
Qui domine de loin les terres,
Est venu voir Orvieto.
La cathédrale diaprée.
Au front de mosaïque et d'or.
Pour glorifier son entrée
A flamboyé comme un trésor.
Et les grands bas-reliefs du porche.
Les fresques de Signorelli,
Avec leurs damnés qu'on écorche,
Avec leur ciel d'anges rempli,
Tout, de la base jusqu'au faite,
Dans le chœur comme dans les nefs,
Vibre et s'anime, faisant fête
Au saint dominant tous les chefs.
Mais le pape est las de la gloire,
Las de l'encens, las du latin ;
Il a pris soif et voudrait boire
Dans quelque réduit clandestin
Où l'on ait, dans une ombre fraîche,
Pour vous servir, la blanche main
D'une fille au duvet de pêche,
Avec un pur profil romain.
Or, s'il trouvait moyen, le pape,
Loin des gens ployant le genou.
De s'échapper par une trappe,
Il s'en irait, il sait bien où.
Car Orvieto met en gerbe
Les biens profanes et sacrés.
Si sa cathédrale est superbe,
Les vins au soleil sont dorés.
Des ardents reflets de leurs mantes,
Des noirs éclairs de leurs regards,
Les filles aux formes charmantes
Brûlent les cœurs de toutes parts ;
Et le pape connaît la vigne
D'où Ton tire le meilleur vin.
Comme la beauté la plus digne
D'un cantique à son corps divin.