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1860

Les Ailes brisées

Armand RENAUD

MA coupe a la rondeur du ciel, Mon vin la lueur des étoiles ; Mon ivresse arrache les voiles Qui couvrent l'immatériel.

N'ayant pas bu, quoi que je fasse, Je frissonne au nom seul d'Allah ; Ivre, je perds ces craintes-là, Et je l'affronte face à face.

Tout ce que dans son bourbier noir Me cache la raison qui rampe, Aux folles lueurs de sa lampe Le délire me le fait voir.

De mon cerveau des étincelles Montent, dévorant l'infini. L'ange trop longtemps impuni, Sent ce feu lui brûler les ailes.

J'écrase le soleil du poing ; A mon souffle, l'azur se crève. Tout serait vaincu par mon rêve, Si je ne me réveillais point.

Je me réveille et perds ma gloire. Mais il reste encore un moyen De réduire le ciel à rien : N'y plus penser et n'y plus croire.

Regardons en bas pour qu'en vain Le ciel là-haut brille ou se voile. Oh ! le ciel l'emporte ! une étoile

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