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1860

Le Trône céleste

Armand RENAUD

J 'AI tant levé les prunelles Vers les clartés éternelles Sans fond ni bord, J'ai si bien percé les voiles

Des sept mystiques étoiles Qui sont au Nord ; Sorti de l'humaine voie, N'éprouvant ni deuil ni joie,

Ni froid ni chaud, Sans que je boive ni mange, Sans que jamais rien dérange Mes yeux d'en haut,

Je les ai tant contemplées Les sept gouttes d'eau gelées De l'horizon ; Devant leur tremblante flamme

Depuis si longtemps j'ai l'âme En pâmoison, Que cette foule abrutie Qui fait encore partie

Du monde vil, S'il fallait que j'y revinsse, Me prendrait, tant je suis mince, Pour mon profil ;

Mais que la troupe céleste, Voyant l'extase où je reste Plus droit qu'un pieu, A travers les airs m'emporte,

Du soleil m'ouvre la porte Et me fait Dieu. A présent, c'est moi qui règne ; Le bas de mon trône baigne

Dans un lac d'or Où, des cent points de l'espace, L'image des mondes passe Et passe encor.

Sur ce lac flotte une tête A la barbe de prophète, Au front de roi ; De l'œil une larme coule.

C'est l'ancien Dieu qui s'écroule, Chassé par moi. Et cette tête me charme, Je ne puis de cette larme

Me détourner. En vain les anges fidèles Viennent d'un million d'ailes Me couronner ;

En vain je suis la merveille, L'être immense où tout s'éveille, Où tout s'endort ; Je ne vois, ne vois sans cesse

Que la tête à barbe épaisse Sur le lac d'or.

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