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1860

Le Supplice

Armand RENAUD

C'EST un sage, un saint, un derviche. Gabriel vient le voir, dit-on. ‒ Qu'on le pende à cette corniche, Par un crochet sous le menton.

Sa foi pénétrait dans les bouges ; Il la déployait sur les rois. ‒ Qu'on mette à ses pieds des fers rouges, De crainte qu'il ne les ait froids.

Son lit était fait de broussailles, Sa peau trop maigre se trouait. ‒ Qu'on lui dévide les entrailles, Avec lenteur, sur un rouet.

Quand il priait sur une tombe, Les oiseaux l'écoutaient en rond. ‒ Régulièrement qu'il lui tombe Une eau de glace sur le front.

Pour ne pas troubler une mouche, A peine s'il respirait l'air. ‒ Qu'on emplisse de fiel sa bouche, Et qu'on lui tenaille la chair.

Tremble qu'Allah ne se courrouce ; A la Mecque il allait souvent. ‒ Qu'on l'écorche de façon douce, Pour le garder longtemps vivant.

Ses prédictions toujours vraies Lui valaient un culte public. ‒ Qu'on verse du plomb sur ses plaies, Qu'on glisse en son cœur un aspic.

Accorde du moins qu'on l'enterre Au champ des morts, avec les siens. ‒ Je veux, de par mon cimeterre, Qu'on jette son cadavre aux chiens.

Bourreau dont le ciel se retire, Que t'a fait cet homme divin ? ‒ Il disait vouloir le martyre. Je n'aime pas qu'on parle en vain.

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