C'EST un sage, un saint, un derviche.
Gabriel vient le voir, dit-on.
‒ Qu'on le pende à cette corniche,
Par un crochet sous le menton.
Sa foi pénétrait dans les bouges ;
Il la déployait sur les rois.
‒ Qu'on mette à ses pieds des fers rouges,
De crainte qu'il ne les ait froids.
Son lit était fait de broussailles,
Sa peau trop maigre se trouait.
‒ Qu'on lui dévide les entrailles,
Avec lenteur, sur un rouet.
Quand il priait sur une tombe,
Les oiseaux l'écoutaient en rond.
‒ Régulièrement qu'il lui tombe
Une eau de glace sur le front.
Pour ne pas troubler une mouche,
A peine s'il respirait l'air.
‒ Qu'on emplisse de fiel sa bouche,
Et qu'on lui tenaille la chair.
Tremble qu'Allah ne se courrouce ;
A la Mecque il allait souvent.
‒ Qu'on l'écorche de façon douce,
Pour le garder longtemps vivant.
Ses prédictions toujours vraies
Lui valaient un culte public.
‒ Qu'on verse du plomb sur ses plaies,
Qu'on glisse en son cœur un aspic.
Accorde du moins qu'on l'enterre
Au champ des morts, avec les siens.
‒ Je veux, de par mon cimeterre,
Qu'on jette son cadavre aux chiens.
Bourreau dont le ciel se retire,
Que t'a fait cet homme divin ?
‒ Il disait vouloir le martyre.
Je n'aime pas qu'on parle en vain.