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1860

Le Squelette

Armand RENAUD

COIFFÉ du turban, et dans mon miroir Venant pour me voir En grande toilette, Au lieu de mon corps nerveux où l'on sent

Circuler le sang, Je vis un squelette. Je ne pouvais faire aucun mouvement, Sans qu'exactement

L'autre fît de même. Brisant mon miroir, j'en pris un second. Espoir infécond ! J'en pris un troisième.

Toujours le squelette aux orbites creux, Le squelette affreux Surgissait en face. Je me sauve alors, plus prompt qu'un coureur,

Sans qu'à ma terreur Il soit rien qui fasse. Sentant à mon front un cercle de fer, Une soif d'enfer

Me brûlant la bouche, Je trouve en chemin un lac frais et bleu ; Pour y boire un peu, Au bord je me couche.

Dans l'onde où le ciel mire ses oiseaux, Où des verts roseaux La fleur se reflète, Mon image seule échappe à la loi ;

En place de moi, Surgit un squelette. Je fuis de nouveau. Le spectre me suit. A travers la nuit,

Il prend mille formes. La montagne semble un crâne sans chair. Les arbres ont l'air D'ossements énormes.

Même un grand nuage, au milieu du ciel, Sur le haut duquel La lune s'arrête, Présente à mes yeux l'aspect effrayant

D'un squelette ayant La lune pour tête.

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