Oh ! là-bas, dans Java la chaude, Que ne suis-je un tigre au poil d'or, Un beau tigre qui, la nuit, rôde, Et qui, sons le soleil, s'endort !
De l'Océan humant'la brise, Humant la senteur des forêts, Loin des hommes que je méprise, Par l'espace je bondirais ;
El puisqu'ici-bas règne en maître La force qui se fait sentir, Puisque c'est bourreau qu'on doit être, Afin de n'être point martyr ;
Je mettrais à mort qui me gène, J'étranglerais qui m'aperçoit, N'ayant souci d'aucune haine, Pourvu que la terreur y soit.
« De chair vive, de chair qui bouge Je gonflerais mon flanc poissant. Ongle, gueule, tout serait rouge ; Je me vautrerais dans le sang.
Puis, quand j'aurais bien fait le vide, Bien chassé tout être vivant, Qu'au loin l'homme fuirait livide, Rien qu'à mes cris jetés au vent ;
J'appellerais à moi les rêves, Les beaux rêves qui vous font Dieu, Qui scintillent comme les glaives, Qui sont doux comme le ciel bleu.
Je tiendrais fixé sur l'orage Mon regard à l'éclair pareil ; En plein midi, fuyant l'ombrage, Je boirais ta flamme, ô soleil.
Quand la nuit étendrait ses voiles, L'herbe me servant de hamac, Je contemplerais les étoiles Mirant leurs yeux dans l'eau du lac.
Enfin aux heures de folie, Quand le frisson d'amour- vous prend, Qu'il n'est déjà rien qu'on n'oublie, Tant le désir entre à torrent ;
Par les jungles, j'irais en quête De la tigresse à l'amour fort, Qui hurle comme la tempête Et, comme les serpents, se tord.
Sans nous demander autre chose Que de grands yeux pleins de rayons ; Dans le secret de la nuit close, Royalement nous aimerions.
Mais, loin de la lâche habitude, Une fois las de volupté, Nous fuirions dans la solitude, Nous fuirions dans la liberté.
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