DANS le jardin, assise au bord du puits
Qu'un soleil ardent séchait de son hâle,
Je lui contais ma tristesse depuis
Que j'ai vu passer le cavalier pâle.
Je dis combien l'isolement m'abat,
Je dis ma révolte avec mes alarmes.
Bien que nul pleur de mes yeux ne tombât,
Le puits desséché se remplit de larmes.
Au bord du puits je vins le lendemain ;
J'aurais mieux aimé la tombe profonde.
Je ne dis rien, mais je posai la main
Sur mon cœur saignant, en regardant l'onde.
Des dents de feu me déchiraient le front,
Je songeais aux morts en qui rien ne bouge.
Les pleurs sont peu pour un cœur qui se rompt ;
L'eau blanche du puits devint du sang rouge.
Hélas ! si lui, le bien-aimé, voulait
Porter son amour dans mon âme sombre,
Il changerait en paradis complet
Ma nuit infinie et mes feux sans nombre ;
Et le vieux puits, en écoutant nos doux
Soupirs de pigeons et rires de merles,
Transformerait, pour faire comme nous,
Son sang en rubis, ses larmes en perles.