IMMENSE tapis d'herbe,
La pelouse est superbe.
A l'entour sont rangés
Des orangers.
Dans le milieu s'élève,
Moins matière que rêve,
Un bloc étincelant,
Tant il est blanc.
Et sur le bloc énorme
S'appuie un luth de forme
Plus merveilleuse encor,
Et tout en or.
A travers un nuage
La lune qui voyage,
Montre parfois ses traits,
Pour fuir après.
Par la lumière blanche
Qui de l'azur s'épanche,
Éclairé tout d'abord,
Le luth ressort.
Et sitôt que la lune
Des cordes touche l'une,
La corde a le frisson
Et jette un son,
Si bizarre et si tendre
Que les nids à l'entendre
Tressaillent, eu cherchant
Quel est ce chant,
Si plein de molles choses
Que, dans le cœur des roses,
Cela semble un secret
Qu'on surprendrait.
Alors mon corps qui plonge
Dans l'herbe et qui s'allonge,
Et qui, pour jouir mieux,
Ferme les yeux,
Brisant la loi physique,
Entre, avec la musique,
Dans le monde enchanteur,
Sans pesanteur.