Skip to content
1860

Le Lac des Morts

Armand RENAUD

J 'AI fondu toute une armée Dans le profond alambic D'une vallée enfermée Entre des rochers à pic.

On a tout tué, de sorte Qu'un lac de sang s'est formé Où, sans prendre aucune escorte, Dans un bateau j'ai ramé.

Il faisait nuit, et la lune S'émerveillait de se voir, Loin de la blancheur commune, Toute rouge en ce miroir.

Autour de moi, quelque chose Dans l'air se vaporisait, Qui prenait un reflet rose Quand un rayon s'y posait.

Et moi qui tenais la palme De la victoire et du bruit, Je sentis mon cœur si calme Que je chantai dans la nuit :

« O morts, que pas un ne bouge ! Splendide est votre tombeau, Avec ce linceul si rouge Et ce si pâle flambeau.

« Dormez, les têtes coupées ! Vous rampiez, souffrants troupeaux. J'ai fait luire les épées. A vous l'éternel repos ! »

Et vague, douce, infinie, La voix des échos chantait. Du lac tiède, l'harmonie Dans le ciel tiède montait.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Le Lac des Morts · Armand RENAUD · Poetry Cove