LES loups vont hurlant par troupeaux ;
« Qu'a fait Timour de son glaive ? »
Loups, laissez Timour en repos ;
Venez où mou bras se lève.
« Gengis-Khan n'est plus ici-bas, »
Pense le chacal qui grogne.
Chacals, venez à mes combats ;
Vous aurez de la charogne.
« Plus de Mourad pour me nourrir ! »
Soupire à son tour l'hyène.
Hyènes, laissez-le pourrir ;
Suivez le vent de ma haine.
Soliman longtemps vous fut cher,
Noirs corbeaux au bec rapace.
Plus que lui, je sème la chair
Dans les pays où je passe.
Votre pourvoyeur fut Hakem,
Vautours, amants des squelettes.
Je vous fais un nouveau harem ;
Préparez-vous, bruns athlètes.
Mais, carnassiers ailés ou non,
Trop petit est votre nombre ;
D'un tas de cadavres sans nom,
Malgré vous, le sol s'encombre.
Pour engloutir tous ces flancs verts
Il faut des faims plus voraces.
Vaillants, imperceptibles vers,
A vous d'effacer leurs traces.
Ce que vous n'effacerez pas,
C'est la laideur qui résulte
Des honneurs rendus à mon bras
Par ce monde que j'insulte.
Ce que vous n'effacerez pas,
C'est le dégoût qui m'assomme
Quand je vois impuissants et bas
Tant d'hommes devant un homme !