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1860

Le Bazar

Armand RENAUD

CE matin, j'ai porté mes pas Au bazar où criait la foule. Mais moi je ne l'entendais pas, Songeant à ta voix qui roucoule.

Les juifs me pressaient les poignets, Pour me vendre une chose, une autre. De vivre ainsi je les plaignais, Sachant quel bonheur est le nôtre.

Tous ces marchands n'ont au cerveau Que trafic et supercheries. Je déroule ton écheveau A l'ombre des palmes fleuries.

Le soir, sur leur argent malsain, Ils se couchent dans une cave. Je m'endors, le front sur ton sein, Au bercement du vent suave.

Par caravanes ils s'en vont Découvrir parfums et denrées. Oh ! que ton regard est profond ! Oh ! que tes boucles sont lustrées !

En tous les pays, sans besoin, On les voit rapaces au lucre. Tes lèvres ne sont pas si loin, Tes lèvres d'opium et de sucre !

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