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1860

La Recherche du Tombeau

Armand RENAUD

J 'ÉTAIS, dans la pose où l'on prie, Au milieu d'une galerie Pareille aux contes de féerie. A gauche, à droite, des piliers,

De grands piliers noirs par milliers, Fuyaient en deux rangs réguliers. Sur le pavé de mosaïque Où sont en langue chaldaïque

Les mots divins craints du laïque, A gauche, la mer qui hurlait, Entre les fûts au noir reflet, Jetait son écume de lait ;

A l'opposé, tout semblait vide ; Le néant, dans l'ombre livide, Ouvrait une mâchoire avide. Tout à coup voici qu'une main,

Main sans bras, n'ayant rien d'humain, Se dressa pâle en mon chemin. Cette main tenait une lampe. Plus qu'à voir un serpent qui rampe,

L'horreur frissonnait sur ma tempe. Et s'échappant je ne sais d'où, Semblable à la voix du hibou, Une voix souffla dans mon cou :

« Lève-toi ! Prends la lampe sombre. Le temps est venu, vieux décombre, D'aller t'enterrer dans cette ombre. ‒ M'enterrer ! Quel est cet endroit ? »

Et je tâtai mon corps du doigt, Et je sentis que j'étais froid. Sur ma dépouille mortuaire. Comme une œuvre de statuaire,

A plis droits tombait le suaire. Et, la lampe en main, je pus voir, Au côté droit du long couloir, Un tombeau blanc par pilier noir.

Mais en vain, sans que je m'arrête, Mouillé, glacé par la tempête, D'un lit pour moi je vais en quête ; Avec mon vacillant flambeau,

Entr'ouvrant mes yeux morts, j'ai beau Regarder dans chaque tombeau ; Par Dieu, dans l'allée infinie, Nulle pierre ne m'est fournie

Où poser ma longue insomnie. Les tombeaux, en nombre insensé, Dans lesquels mou œil s'est glissé, Tous ont déjà leur trépassé !

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