Je ne voudrais point lâchement Troubler ton âme, vierge pure Qui passes sous le firmament Jetant au vent ta chevelure.
A souffler l'orage en ton cœur J'aurais plus de deuil que de joie ; Dans la lutte une fois vainqueur, Je m'apitoîrais sur ma proie.
Aussi, dans mes aveux, ton front Ne puisera jamais ses fièvres ; Mes yeux plus d'une fois luiront, Rien ne sortira de mes lèvres.
Ou si je te donne un conseil, Ce sera de n'ouvrir ton âme Qu'à la vertu, tiède soleil, Loin des tortures de la flamme.
Mais si tu sentais à ton tour Le désir d'apprendre la vie, De connaître le vaste amour Dont tout pleure et que tout envie ;
Si, malgré les tourments nombreux, Malgré les risques du naufrage, Tu voulais, d'un pas valeureux, Te lancer à travers l'orage,
Au passé calme dire adieu Pour l'âcre vertige où l'on tremble, Entrer dans le pays du feu, Plus bas et plus haut tout ensemble,
Viens chez moi me trouver un soir, Toute pâle de ta pensée, Et dis-moi : « Je voudrais savoir, » J'ai soif de l'ivresse insensée ; »
Ma chair palpite, mon cœur bat ; » L'essaim des désirs m'environne. » Emporte-moi vers le sabbat, » Effeuille toute ma couronne. »
Alors je me prosternerai. J'adorerai tes longues tresses, Ton sein que rien n'a défloré, Ta lèvre où dorment les caresses ;
Je te rendrai grâce à genoux D'avoir préféré le poète Pour entrouvrir ces bras si doux, Pour écheveler cette tête.
Éden de pudeurs constellé ! Anxiété ! Métamorphose ! La neige au blanc immaculé Me demandant son premier rose !
Ce seraient d'infinis regards, Des confidences à voix basse, Des chants et des soupirs épars, Des ravissements dans l'espace ;
Toute l'extase des songeurs, Tous les voluptueux mystères, L'aurore aux timides rougeurs, Le volcan aux bouillants cratères.
Et quand bien même je devrais, La révélation finie, Ne jamais te revoir après, Jeune fille étrange et bénie,
Tu serais désormais pour moi La vision que rien n'efface, Le rayon polaire, la loi Qui s'impose au cœur, quoi qu'il fasse ;
Et jusqu'au jour du sort commun, Du départ pour les sombres grèves, Je conserverais ton parfum Au vase sculpté de mes rêves.
Cookies on Poetry Cove