Skip to content
1860

La Nuit Sainte

Armand RENAUD

A l'occident, à l'orient, Des savants à quoi bon les veilles ? J'ai vu cette nuit, en priant, Ce qu'ils n'ont pas vu : des merveilles !

En vain ils ont fait mille apprêts, Des calculs jusqu'à la syncope ; Il s'agissait là de secrets Voulant la foi pour télescope.

Car c'était la plus sainte nuit Des sept nuits saintes de l'année, Celle dont à l'homme éconduit La date n'est jamais donnée ;

La nuit où prier une fois Compte plus que mille prières Dans le reste des douze mois ; La nuit où le sable et les pierres,

Les métaux et les diamants, L'air et l'eau, la glace et la flamme, Tout le chaos des éléments, Pour s'unir à Dieu, prend une âme.

La lave, aux cratères béants, Reluit alors sans qu'elle fume ; La vague, dans les océans, Perd un instant son amertume.

L'air fait gazouiller le zéphyr Et force l'orage à se taire. Émeraude, opale, saphir Surgissent du sein de la terre.

D'éclat, de beauté, de douceur, C'est une lutte universelle, Entre l'astre dans sa grosseur Et la perle dans sa parcelle.

Et grâce au pouvoir des versets Récités par moi, grâce au nombre De mes jeûnes, je saisissais Le mystère remplissant l'ombre.

Tout l'univers inanimé Vivait. Un trouble taciturne, Pour atteindre à l'Être innommé, Montait en amour de cette urne.

Et poème hindou, psaume hébreu N'ont pas d'accents si grandioses Qu'ils vaillent, pour adorer Dieu, Ce chœur muet, montant des choses.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
La Nuit Sainte · Armand RENAUD · Poetry Cove