Au rythme des clairons, les bersaglieri
Vont à Rome. La terre antique a refleuri,
Et de ses fils nouveaux qui l'ont faite enfin libre,
De sillon en sillon, l'acclamation vibre.
Les vieux marais Pontins ont pourtant un enfant
Qui fait une ombre triste à ce jour triomphant.
Pas de père. Sa mère est morte de la fièvre.
Et lui-même, en veillant les troupeaux, sent sa lèvre
Qui frissonne déjà du poison respiré.
Car il est au pays où, dans l'herbe enterré,
Gît un monde détruit au pestilent cadavre ;
Et, spectre de jeunesse au grand œil noir qui navre.
Inconscient qu'en lui meurt le dernier Cossa,
Et qu'il clôt une race où Rome commença.
Dévoré par son mal, il a pour seule joie,
Vers midi, quand, aux feux du soleil qui flamboie,
Rentre un peu de chaleur dans ses membres glacés,
De voir les aqueducs à moitié renversés
Qui coupent le ciel bleu de leurs lignes bleuâtres.
Les socles de colonne où sont assis les pâtres,
Et parmi les cailloux une tombe sans nom
Où le buffle accroupi vient poser son fanon.