TOUJOURS et toujours
La Rose bafoue
Les tristes amours
Que Bulbul lui voue.
Bulbul irrité,
Pour se venger d'elle,
Garde à sa fierté
L'affront d'un coup d'aile.
De ce front vermeil,
De ce cœur de roche,
Pendant son sommeil,
Sans bruit il s'approche.
Il se sent au cœur
Un courroux étrange ;
De l'être moqueur
Il faut qu'il se venge.
Mais c'est si charmant
De voir cette infâme !
Si séduisamment
La belle se pâme !
Pourra-t-il jamais,
Lui, la voix sereine,
Lui, roi des sommets,
Frapper cette reine ?
Non ! Au lieu d'oser,
Bulbul craint sa proie ;
Venu pour briser,
A présent il ploie.
D'un timide effort,
A peine s'il cueille
Sur la fleur qui dort
Le bout d'une feuille.
Avec son butin,
En l'air il s'envole,
Joyeux ; puis soudain
Son cœur se désole.
Dans la volupté
Dont ce brin l'enivre,
Il sent la fierté
De la fleur survivre.