J 'AI fait des strophes à la lune, Ravi qu'un rossignol chantât ; J'ai bu dans le vin la fortune ; Je fus amant ; je fus soldat.
Femme, triomphe, ivresse, rêve, Que reste-t-il de tout cela ? Que reste-t-il, quand on la lève, D'une tente qu'on déroula ?
Ma poésie et ma maîtresse, A présent, c'est Dieu ; c'est en lui Qu'est la coupe de mon ivresse ; Et pour glaive j'ai son appui.
Quelle sensation d'épaule, De chevelure, peut valoir. Cette ardeur ayant Dieu pour pôle, Ayant l'infini pour espoir ?
Quels vins à la lueur pourprée Peuvent donner l'effarement De l'espace et de la durée Dans la coupe du firmament ?
Que sont les bataillons qu'on range, La force et le bruit d'un instant, Près du bras levé de l'archange Qui, pour frapper le monde, attend ?
Mon poème d'à présent porte Une page ; et la page un mot : DIEU ! ‒ chefs-d'œuvre de toute sorte, Vous n'atteindrez jamais si haut.
O maître, je te remercie De m'avoir jadis donné tout. La terre, comme une vessie, Était vide, et j'en eus dégoût.
O principe, je te rends grâce ! Après le pouvoir meurtrier, Je te dois ce qui le dépasse : La solitude pour prier.
Rien ne m'y semble un poids, ni d'être Un mangeur d'herbe et de roseaux, Ni, dans la posture du prêtre, De m'user la peau jusqu'aux os,
Ni de sentir, quand je me couche, Les nuits noires, dans les cailloux, Sur ma face passer, farouche, Le flair des chacals et des loups,
Pourvu que mon cœur s'y pénètre De la sagesse et de l'amour Que, sur tout ce que tu fis naître, Tu distilles avec le jour.
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