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1895

La Demeure

Armand RENAUD

Aux contrefort massif d'une porte de Sienne, Où se sont maintes fois égorgés les partis, S'adosse le logis fait d'une tour ancienne, Avec ses murs carrés sur le rocher bâtis.

Avec ses tourillons découpés dans la pierre, Ses noirs mâchicoulis, sa couronne de lierre Et ses tas de moineaux, dans tous les creux blottis. Sur la campagne s'ouvre une baie en ogive,

Par laquelle pénètre un flot de clarté vive, Et l'on peut voir de là l'olivier, par endroits. Sur le ton brun du sol jeter sa note fine, Plus loin surgir un bois couvrant une colline.

Et de ce bouquet vert émerger une croix Reposant sur un dôme, entre deux clochers droits. Et comme on entre là par une porte basse Qu'une vigne en berceau masque au fond d'une impasse,

Comme la cathédrale et les palais sont loin, Et loin la place en pente où le beffroi se dresse, L'âme qui, pour la foule, est morte dans ce coin, Peut s'y livrer sans fin à la paix charmeresse

Dont, pour s'épanouir, les rêves ont besoin.

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