Skip to content
1895

La Couronne du roi Enzio

Armand RENAUD

Lorsque le doux rêveur, fils du César farouche Qui, la rapière au poing, le blasphème à la bouche, Avait passé sa vie à broyer dans sa main La ligue italienne et le pape romain,

Quand le bel Enzio, jeté parmi les haines Des Gibelins de Pise et des Guelfes de Gênes, Se fut précipité, blond poète aux yeux bleus, Dans les combats sanglants roulant leurs flots houleux,

Quand ayant, pour un jour, coiffé le diadème D'un pouvoir souverain faible comme lui-même, Il se trouva, le soir d'un jour de désarroi, Prisonnier et déchu de son titre de roi,

Il fut, entre vainqueurs, pris l'engagement ferme Que sa captivité n'aurait jamais de terme. Et dans Bologne, au cœur de l'altière cité. Pour bien montrer à tous comme ils l'avaient dompté,

Ils donnèrent, courtois et railleurs, à leur hôte Un beau palais avec une muraille haute. Ce fut alors pourtant qu'Enzio le reclus, Sans troupes ni royaume, et n'ayant même plus

Le casque au cimier d'or d'où le griffon s'envole. Vêtit vraiment la pourpre et ceignit l'auréole ; Car c'est alors que vint, changeant son ombre en jour, Se poser sur son cœur la colombe d'amour.

O belle Lucia Vendagoli, ton charme Calma ses maux, comme un baiser sèche une larme. Tes bras, en l'entourant d'un collier parfumé, Le firent triomphant, puisqu'il était l'aimé.

Ta beauté fut pour lui la royauté suprême ; Tes cheveux, couronnant son front, un diadème ; Sa gloire, sur le sel tombée avec les morts, Plus belle, refleurit au rosier de ton corps.

Et, comme il était maître en l'art divin des rimes. Il prit, en te louant, son essor vers les cimes. Et, le cœur exalté par le rythme immortel, Adorant, comme on fait le marbre d'un autel,

Ton sein divinisé par l'impeccable forme. Il ne voulut plus rien qu'un bonheur qui l'endorme D'un sommeil à lui faire atteindre le tombeau Dans l'oubli du réel et le rêve du beau.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
La Couronne du roi Enzio · Armand RENAUD · Poetry Cove