LA fillette vendait, devant Saint-Marc, le soir. Des fleurs au monde heureux qui venait là s'asseoir Pour se faire servir du chypre ou de la glace. Cette sœur des pigeons familiers de la place
Les enviait d'avoir l'assurance d'un nid Dans les pignons sculptés que le marbre fournit, Et de pouvoir trouver sans se donner la peine, Par distribution publique, un peu de graine.
Sous ses haillons pourtant la race apparaissait. Dans l'abandon et dans la détresse, croissait Une grave beauté, sœur de cette figure Que, comme une lueur sur la muraille obscure,
Dans un coin de Santa Maria Formosa, Palma Vecchio, le grand ancêtre, composa. Comment la mendiante en ses traits avait-elle Reflété la splendeur de cette œuvre immortelle ?
Par quel mystérieux pouvoir, en la portant, Sa mère, pour prier chaque jour, s'arrêtant Dans l'église, devant le portrait de la sainte, Avait-elle transmis à sa fille l'empreinte
De ces yeux rayonnants et de ce noble front ? L'enfant en proie au mal, à la bise, à l'affront. Avec son cœur durci par l'âpre insouciance, De ce don de beauté n'avait point conscience.
Mais elle subissait du moins le vague attrait De Venise dont l'âme en son âme vibrait. Et le charme croissait en elle avec le rêve. Quand la pâleur du soir, où l'étoile se lève.
Met aux toits de Saint-Marc dans le ciel bleu plongeant, Comme un semis de neige et des flocons d'argent.
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