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1895

La Ballerine

Armand RENAUD

CELLE à qui l'on jetait une aumône par grâce, Celle qui ne trouvait d'asile nulle part, La voilà maintenant triomphante qui passe, En lumière d'étoile, au firmament de l'art.

A ses pieds sont les cœurs, les fortunes, les gloires. Son existence est un rêve. Son luxe est fou. Parmi les diamants, les perles, les ivoires, Elle trône en idole au fond d'un temple hindou.

Mais, dans l'apothéose, elle a la nostalgie Du temps où sur les ponts elle courait pieds nus, De la Piazzetta par l'aurore rougie, Des porches à midi, pour leur fraîcheur connus ;

Et surtout des langueurs et des charmes du rêve Lorsque, aux toits de Saint-Marc dans le ciel bleu plongeant, Tombent du crépuscule, où l'étoile se lève. Comme un semis de neige et des flocons d'argent.

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