Skip to content
1895

L'Œuvre

Armand RENAUD

Sans amis, dédaigneux de la banale gloire, Le maître se consacre, en son réduit secret, A combiner le bois d'ébène avec l'ivoire Pour faire une œuvre exquise et minime, un coffret.

Sur les flancs est tracée une bien simple histoire : Une idylle d'amour avec la mort pour fin. Le couvercle est orné d'un profil doux et fin : Profil de jeune fille aux cheveux ceints de roses,

Tout souriant de grâce et de virginité, Figure qui, fermée à la laideur des choses, Prend son rayonnement dans un rêve enchanté Et, loin des passions brûlantes ou moroses.

Donne ce sentiment de calmante fraîcheur Qu'on a devant un lac où flotte une blancheur. Ce n'était qu'une enfant, ayant quinze ans à peine Lorsqu'en avril, au temps de la saison sereine,

Il la vit, lys candide, à son éclosion ; Puis il la retrouva, sévère vision, Secourant les blessés après une bataille, Et pendant qu'il gisait, tout sanglant, sur la paille.

D'un être incorporel il eut l'illusion. Puis un jour — et ce fut la vision dernière — Il la vit toute blanche et fleurie en sa bière. Mais, pour lui, son image a reparu là-haut.

A son âpre génie, à son âme indomptée, Comme égide, une fleur de la morte est restée. Et c'est pour conserver ce gage, qu'il lui faut, Ainsi qu'un cœur sans tache, un coffret sans défaut.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
L'Œuvre · Armand RENAUD · Poetry Cove