Sans amis, dédaigneux de la banale gloire,
Le maître se consacre, en son réduit secret,
A combiner le bois d'ébène avec l'ivoire
Pour faire une œuvre exquise et minime, un coffret.
Sur les flancs est tracée une bien simple histoire :
Une idylle d'amour avec la mort pour fin.
Le couvercle est orné d'un profil doux et fin :
Profil de jeune fille aux cheveux ceints de roses,
Tout souriant de grâce et de virginité,
Figure qui, fermée à la laideur des choses,
Prend son rayonnement dans un rêve enchanté
Et, loin des passions brûlantes ou moroses.
Donne ce sentiment de calmante fraîcheur
Qu'on a devant un lac où flotte une blancheur.
Ce n'était qu'une enfant, ayant quinze ans à peine
Lorsqu'en avril, au temps de la saison sereine,
Il la vit, lys candide, à son éclosion ;
Puis il la retrouva, sévère vision,
Secourant les blessés après une bataille,
Et pendant qu'il gisait, tout sanglant, sur la paille.
D'un être incorporel il eut l'illusion.
Puis un jour — et ce fut la vision dernière —
Il la vit toute blanche et fleurie en sa bière.
Mais, pour lui, son image a reparu là-haut.
A son âpre génie, à son âme indomptée,
Comme égide, une fleur de la morte est restée.
Et c'est pour conserver ce gage, qu'il lui faut,
Ainsi qu'un cœur sans tache, un coffret sans défaut.