SOUS une haute colonnade,
Dans un palais de marbre blanc,
Je dirige ma promenade
D'un air auguste et d'un pas lent.
De là je domine une ville
Où tout est marbre également,
Une ville immense et tranquille,
Sous l'azur d'un clair firmament,
Une ville avec ses coupoles,
Ses escaliers, ses ponts, ses tours,
Ses apparitions d'idoles,
Son fleuve au majestueux cours.
Des rochers en amphithéâtre,
Où pas un contour n'est heurté,
Élèvent leur cime bleuâtre
A l'horizon de la cité.
Le long des innombrables voies,
Sur les terrasses et sur l'eau,
La foule s'agite, et ses joies
Font vivre partout le tableau.
Mais à cette magnificence,
Cette gaîté, ce mouvement,
Ce qui donne de la puissance
Pour m'attirer magiquement,
Ce n'est pas telle ou telle sorte
De ciel, de ville, d'horizon,
Une foule plus ou moins forte
Peuplant la rue et la maison ;
C'est l'équilibre, l'harmonie,
L'absence d'une aspérité,
Une impression infinie
D'ordre dans là diversité.
Là rien qui soit trouble ni gêne,
Ni l'ennui que partout ailleurs
Cause un détail fâcheux qui traîne
Dans les ensembles les meilleurs.
Le temple au seuil garni de marches
Avec la fontaine est d'accord ;
Le fleuve se marie aux arches
Qui se complètent par le bord ;
Et d'après les lois éternelles
Rhythmant ses gestes familiers,
La foule est douce à mes prunelles
Comme un cours d'astres réguliers.