L'OCÉAN devant moi s'étendait ;
Le soleil reluisait sur la vague ;
Et mon œil au lointain regardait
Onde et feu se mêler dans le vague.
Et du flot ne pouvant fuir l'attrait,
Sur le roc je me mis à plat ventre,
Le cou droit, la prunelle en arrêt,
Le gosier distendu comme un antre.
A ma bouche arriva l'Océan.
Il entra, la prenant pour gouttière.
Il fallait que mon corps fût géant,
Car la mer s'y logea tout entière.
Et voyez ! maintenant c'est en moi
Que commence et finit la tempête ;
Mes poumons aux courants font la loi,
Et le flux retentit dans ma tête.
J'ai les os en corail, et mes reins
Sont remplis de varechs sédentaires :
Esturgeons, cachalots, veaux marins
Fout des bonds à travers mes artères.
Des serpents vont grouillant par monceaux
Dans les flots dont mon cœur est la source ;
La baleine aux évents colossaux
Fait craquer mon échine en sa course.
Et ceci durera jusqu'au jour
Du dernier, du plus grand des désastres,
Quand, la vie ayant fui sans retour,
Au néant rouleront tous les astres.