L'habitant de ce pur et calme sanctuaire
Est un artiste vieux déjà, mais grand et fort,
Un vaillant pétrisseur de glaise, un statuaire.
Qui, sous sa barbe blanche où son œil noir ressort.
Face d'ascète avec des bras de belluaire,
Va, poursuivant le beau, ballotté tour à tour
Entre l'âme moderne et l'antique contour.
Il a pieusement adoré sa patrie.
Et contre les tyrans et contre l'étranger
Il s'est jeté dans la révolte, avec furie,
Sans que prison, torture, exil l'aient pu changer,
Mais sans que la rosée ardente de ses veines.
Coulant sur le sol rouge en libations vaines.
Ait pu rien affranchir ni même rien venger.
Du moins, quand tout s'effondre au gré de la bassesse,
Dans l'asservissement lorsque tout se corrompt,
Fort d'une conscience où le jour luit sans cesse,
Il élève son cœur et porte haut son front.
Il fuit la tourbe humaine et son néant énorme.
Et tout à l'idéal qu'il étreint dans la forme,
Il s'isole au-dessus du joug et de l'affront.